8 min - Équipe BioSense - 2025-01-09
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LDL-cholestérol : quel objectif selon votre risque ?

L'objectif de LDL-cholestérol, le « mauvais cholestérol », dépend de votre risque cardiovasculaire : selon les recommandations européennes ESC/EAS, il va de moins de 1,16 g/L (3,0 mmol/L) à risque faible à moins de 0,55 g/L (1,4 mmol/L) à risque très élevé. Il n'existe donc pas un seul taux normal valable pour tous.
Votre LDL-cholestérol est à 1,40 g/L : pour une amie, le médecin n'a rien dit ; pour vous, il parle de le faire baisser. Ce n'est pas une contradiction. Depuis plusieurs années, les recommandations européennes ne fixent plus un seuil unique de « bon » LDL, mais un objectif qui dépend du risque cardiovasculaire de chacun. Leur mise à jour d'août 2025 a changé la façon de calculer ce risque. Cet article détaille les cibles par niveau de risque, la façon dont ce niveau est déterminé et les moyens de les atteindre.
Pourquoi l'objectif de LDL dépend du risque cardiovasculaire
Le LDL-cholestérol est la cause directe de l'athérosclérose : les particules de LDL pénètrent dans la paroi des artères et y forment des plaques. Deux règles, confirmées par des dizaines d'essais, guident les recommandations :
- plus le LDL est bas, plus le risque baisse : chaque baisse de 1 mmol/L (environ 0,39 g/L) réduit d'environ 20 % les infarctus, AVC et autres événements cardiovasculaires majeurs, sans seuil en dessous duquel le bénéfice disparaîtrait ;
- plus le risque de départ est élevé, plus le bénéfice absolu est grand : baisser le LDL de la même quantité évite beaucoup plus d'événements chez une personne qui a déjà fait un infarctus que chez une personne jeune et en bonne santé.
C'est pourquoi la cible se règle sur le risque. Pour lire l'ensemble de votre bilan (cholestérol total, HDL, triglycérides), consultez notre guide sur le bilan lipidique. Ici, on se concentre sur l'objectif de LDL.
Les cibles de LDL par niveau de risque
Les cibles des recommandations de la Société européenne de cardiologie et de la Société européenne d'athérosclérose (ESC/EAS) de 2019 restent en vigueur : la mise à jour ciblée de 2025 ne les a pas modifiées.
| Niveau de risque | Objectif de LDL | En plus | |---|---|---| | Faible | moins de 1,16 g/L (3,0 mmol/L) | | | Modéré | moins de 1,00 g/L (2,6 mmol/L) | | | Élevé | moins de 0,70 g/L (1,8 mmol/L) | baisse d'au moins 50 % par rapport au départ | | Très élevé | moins de 0,55 g/L (1,4 mmol/L) | baisse d'au moins 50 % par rapport au départ |
Chez une personne à très haut risque qui fait un deuxième événement cardiovasculaire en moins de deux ans malgré un traitement bien suivi, les recommandations de 2019 permettent d'envisager une cible encore plus basse, inférieure à 0,40 g/L (1,0 mmol/L).
En France, la fiche de la Haute Autorité de santé (HAS) de 2017 sur les dyslipidémies proposait des cibles moins strictes (par exemple moins de 1,30 g/L pour un risque modéré). C'est l'une des raisons pour lesquelles deux médecins peuvent parler d'objectifs différents. Les recommandations européennes les plus récentes sont plus exigeantes, surtout pour les risques élevés et très élevés.
Comment votre niveau de risque cardiovasculaire est déterminé
Les situations qui fixent d'emblée le risque cardiovasculaire
Certaines situations suffisent à fixer le niveau de risque, sans calcul :
- risque très élevé : maladie cardiovasculaire athéroscléreuse avérée (infarctus, AVC ischémique, artériopathie, plaque significative à l'imagerie), diabète avec atteinte d'organe, insuffisance rénale sévère (DFG inférieur à 30 mL/min/1,73 m²) ;
- risque élevé : un facteur isolé très marqué (LDL supérieur à 1,90 g/L, tension à 180/110 mmHg ou plus), hypercholestérolémie familiale sans autre facteur majeur, insuffisance rénale modérée (DFG entre 30 et 59), diabète ancien de plus de 10 ans ou associé à un autre facteur de risque.
Le calcul par SCORE2 et SCORE2-OP
Chez les personnes sans maladie connue, le médecin estime le risque d'infarctus ou d'AVC, mortel ou non, sur 10 ans. La mise à jour 2025 remplace l'ancien score SCORE par SCORE2 (40 à 69 ans) et SCORE2-OP (70 à 89 ans). Ces outils tiennent compte de l'âge, du sexe, du tabac, de la tension systolique et du cholestérol non-HDL, et sont calibrés par région : la France fait partie des pays à risque faible.
| Risque à 10 ans (SCORE2 ou SCORE2-OP) | Niveau de risque | |---|---| | moins de 2 % | Faible | | 2 % à moins de 10 % | Modéré | | 10 % à moins de 20 % | Élevé | | 20 % ou plus | Très élevé |
L'âge pèse lourd dans ces scores : une femme de 45 ans non fumeuse avec un LDL à 1,50 g/L sera souvent à risque faible, alors qu'une femme de 68 ans avec la même valeur et une tension élevée peut passer en risque modéré ou élevé.
Les modificateurs du risque cardiovasculaire
Quand une personne est classée à risque modéré, ou proche d'un seuil de décision, la mise à jour 2025 recommande de tenir compte de facteurs qui peuvent la faire passer dans la catégorie supérieure :
- une lipoprotéine(a) élevée, au-delà de 50 mg/dL (105 nmol/L). Elle est surtout génétique et doit être dosée au moins une fois dans la vie de chaque adulte ;
- une CRP ultrasensible durablement supérieure à 2 mg/L, signe d'une inflammation de bas grade. Notre article sur la CRP et l'inflammation silencieuse l'explique ;
- un score calcique coronaire élevé ou des plaques détectées à l'échographie des carotides ou des artères fémorales ;
- des antécédents familiaux de maladie cardiovasculaire précoce, une maladie inflammatoire chronique, des antécédents de prééclampsie ou d'hypertension pendant la grossesse.
Pour une vision d'ensemble qui intègre aussi la glycémie, les reins et la tension, lisez notre article sur la prévention cardiovasculaire intégrée.
Ce que la mise à jour ESC/EAS 2025 a changé
Au-delà de SCORE2, la mise à jour publiée en août 2025 retient plusieurs points pratiques :
- Après un syndrome coronarien aigu, le traitement doit être intensifié dès l'hospitalisation, et l'association d'une statine forte et de l'ézétimibe peut être proposée d'emblée si l'objectif semble hors de portée avec une statine seule.
- L'acide bempédoïque rejoint les options possibles, notamment en cas d'intolérance aux statines.
- Les compléments alimentaires et vitamines ne sont pas recommandés pour baisser le LDL ou réduire le risque cardiovasculaire (recommandation de classe III, c'est-à-dire déconseillée). Cela vise notamment la levure de riz rouge, sur laquelle l'Anses a par ailleurs alerté en raison d'effets indésirables.
- Personnes vivant avec le VIH : une statine est recommandée en prévention à partir de 40 ans.
Comment faire baisser son LDL-cholestérol
Baisser le LDL par l'hygiène de vie
Elle s'applique à tous les niveaux de risque et constitue souvent la seule mesure nécessaire en cas de risque faible ou modéré :
- remplacer les graisses saturées (charcuterie, beurre, fromages gras, viennoiseries, huile de palme) par des graisses insaturées (huiles d'olive et de colza, noix, poissons gras) ;
- augmenter les fibres solubles : avoine, orge, légumineuses, fruits ;
- limiter les produits ultra-transformés et les acides gras trans ;
- bouger au moins 150 minutes par semaine et perdre du poids en cas d'excès ;
- arrêter le tabac, qui ne modifie pas beaucoup le LDL mais aggrave fortement le risque.
L'effet de l'alimentation sur le LDL reste en général modeste et varie beaucoup d'une personne à l'autre, car la génétique joue un rôle majeur. Si votre LDL reste haut malgré de vrais efforts, ce n'est pas un échec personnel.
Les traitements du LDL, décidés avec le médecin
Quand l'écart à l'objectif est important, l'hygiène de vie ne suffit pas. À titre d'ordre de grandeur, les recommandations indiquent qu'une statine de forte intensité baisse le LDL d'environ 50 %, qu'y associer l'ézétimibe porte la baisse à environ 65 %, et que d'autres traitements (anticorps anti-PCSK9, inclisiran, acide bempédoïque) peuvent s'ajouter chez les personnes à haut risque. Le choix du médicament et de sa dose appartient au médecin, qui tient compte de vos antécédents, de vos autres traitements et d'un éventuel projet de grossesse.
Les douleurs musculaires attribuées aux statines sont fréquentes, mais une vraie intolérance est plus rare : en cas de gêne, parlez-en plutôt que d'arrêter seul, car des alternatives existent.
Quand recontrôler le LDL
- Après un changement d'hygiène de vie : un contrôle à 6 à 12 semaines permet d'en mesurer l'effet.
- Après le début ou l'ajustement d'un traitement : les recommandations ESC/EAS 2019 prévoient un contrôle à 8 semaines, à 4 semaines près, jusqu'à ce que l'objectif soit atteint (4 à 6 semaines après un syndrome coronarien aigu).
- Une fois l'objectif atteint : un contrôle par an suffit en général.
Comparer vos résultats dans le temps est plus parlant qu'une valeur isolée : notre guide pour comparer deux bilans explique comment faire. Pensez aussi aux triglycérides, qui modifient le calcul du LDL : voir les triglycérides élevés.
Questions fréquentes
Quel est le taux normal de LDL-cholestérol ?
Il n'y a pas de taux normal unique : l'objectif de LDL-cholestérol dépend du niveau de risque cardiovasculaire évalué par votre médecin. Il va de moins de 1,16 g/L à risque faible à moins de 0,55 g/L à risque très élevé selon les recommandations ESC/EAS.
La valeur de référence imprimée sur mon compte rendu suffit-elle ?
Non. Le laboratoire affiche une valeur indicative unique, la même pour tous, qui ne correspond pas à votre objectif personnel. Seul le niveau de risque évalué par votre médecin permet de fixer la cible.
Pourquoi mon LDL a-t-il augmenté après la ménopause ?
La baisse des œstrogènes fait souvent monter le LDL autour de la ménopause, même sans changement d'alimentation. C'est un bon moment pour faire recalculer son risque avec son médecin.
Mon LDL dépasse 1,90 g/L : est-ce génétique ?
C'est possible. Un LDL supérieur à 1,90 g/L sans traitement doit faire rechercher une hypercholestérolémie familiale, qui concerne environ une personne sur 250 à 300 et justifie de dépister aussi les proches.
Un LDL très bas est-il dangereux ?
Les grands essais n'ont pas montré d'effet indésirable lié à un LDL très bas obtenu par traitement, y compris en dessous de 0,40 g/L. La surveillance du traitement reste néanmoins l'affaire du médecin.
*Cet article a vocation strictement informative et ne se substitue pas à un avis médical. Seul votre médecin peut évaluer votre risque cardiovasculaire, fixer votre objectif de LDL et décider d'un traitement.*
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Sources et méthodologie
- Mach F, Koskinas KC, et al. 2025 Focused Update of the 2019 ESC/EAS Guidelines for the management of dyslipidaemias. European Heart Journal 2025;46(42):4359-4378. DOI 10.1093/eurheartj/ehaf190.
- Mach F, Baigent C, Catapano AL, et al. 2019 ESC/EAS Guidelines for the management of dyslipidaemias. European Heart Journal 2020;41(1):111-188. DOI 10.1093/eurheartj/ehz455.
- SCORE2 working group and ESC Cardiovascular risk collaboration. SCORE2 risk prediction algorithms. European Heart Journal 2021;42(25):2439-2454. DOI 10.1093/eurheartj/ehab309.
- Cholesterol Treatment Trialists' (CTT) Collaboration. Efficacy and safety of more intensive lowering of LDL cholesterol. The Lancet 2010;376(9753):1670-1681.
- Haute Autorité de santé. Principales dyslipidémies : stratégies de prise en charge. Fiche mémo, 2017.
- Anses. Avis relatif aux risques liés à la consommation de compléments alimentaires contenant de la levure de riz rouge, 2014.
*Méthodologie BioSense : nos contenus s'appuient sur les recommandations officielles françaises (HAS, ANSM, Santé publique France, Anses), européennes (ESC, EAS) et internationales (OMS), ainsi que sur les publications scientifiques de référence. Ils sont relus selon une démarche pédagogique avant publication.*