8 min - Équipe BioSense - 2025-01-09
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Tension artérielle normale et objectifs ESC 2024
Selon les recommandations européennes (ESC) de 2024, la tension artérielle est dite non élevée sous 120/70 mmHg, élevée de 120 à 139 mmHg de systolique ou de 70 à 89 mmHg de diastolique, et l'hypertension commence à 140/90 mmHg. Sous traitement, la systolique visée est de 120 à 129 mmHg si elle est bien tolérée.
Une tension « à 13 » ou « à 13,5 » chez le médecin est souvent accueillie d'un haussement d'épaules : ce n'est pas encore de l'hypertension. Les recommandations européennes de 2024 changent ce regard. Elles créent une catégorie intermédiaire, la « tension élevée », et fixent chez les personnes traitées une cible plus basse qu'auparavant, entre 120 et 129 mmHg pour la systolique. Ce guide explique ces chiffres, comment bien mesurer sa tension chez soi et ce qui la fait réellement baisser.
Que signifient les deux chiffres de la tension artérielle ?
La tension artérielle (ou pression artérielle) s'exprime par deux nombres, en millimètres de mercure (mmHg) :
- la pression systolique, le premier chiffre, correspond à la pression dans les artères au moment où le cœur se contracte ;
- la pression diastolique, le second, correspond à la pression lorsque le cœur se relâche entre deux battements.
En France, on dit souvent « 13/8 » pour 130/80 mmHg. Une pression trop haute pendant des années abîme progressivement la paroi des artères, du cœur, des reins, du cerveau et des yeux, sans provoquer le moindre symptôme. C'est pourquoi l'hypertension est surnommée le « tueur silencieux » : en France, près d'un adulte sur trois de 18 à 74 ans est hypertendu, et près de la moitié des personnes concernées l'ignore, selon l'étude Esteban menée par Santé publique France. À l'échelle mondiale, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime dans son rapport de septembre 2025 que 1,4 milliard de personnes vivent avec une hypertension, et qu'environ une sur cinq seulement a une tension contrôlée.
Tension normale, élevée, hypertension : les seuils ESC 2024
La Société européenne de cardiologie (ESC) a publié en août 2024 de nouvelles recommandations sur la prise en charge de la tension élevée et de l'hypertension. Leur nouveauté principale tient en trois catégories, mesurées au cabinet :
| Catégorie | Systolique | | Diastolique | |---|---|---|---| | Tension non élevée | moins de 120 mmHg | et | moins de 70 mmHg | | Tension élevée | 120 à 139 mmHg | ou | 70 à 89 mmHg | | Hypertension | 140 mmHg ou plus | ou | 90 mmHg ou plus |
Le seuil de l'hypertension reste donc 140/90 mmHg, comme dans la fiche de la Haute Autorité de santé (HAS) de 2016. Mais la catégorie « tension élevée » rappelle une réalité établie par les grandes études : le risque cardiovasculaire augmente de façon continue dès 120 mmHg environ, sans palier brutal à 140.
Une tension mesurée à 180/110 mmHg ou plus au cabinet impose une évaluation médicale rapide, surtout si elle s'accompagne de maux de tête intenses, de douleur dans la poitrine, d'essoufflement, de troubles de la vue ou de faiblesse d'un côté du corps : dans ce cas, appelez le 15.
Tension élevée : quand faut-il un traitement ?
Être dans la catégorie « tension élevée » ne veut pas dire prendre un médicament. Les recommandations ESC 2024 prévoient d'abord environ 3 mois de changements d'hygiène de vie. Un traitement n'est ensuite envisagé que si la systolique reste entre 130 et 139 mmHg et que le risque cardiovasculaire est élevé, par exemple :
- une maladie cardiovasculaire déjà connue (infarctus, AVC, artériopathie) ;
- un diabète, une maladie rénale chronique modérée ou sévère, une hypercholestérolémie familiale ;
- un risque estimé à 10 % ou plus sur 10 ans avec les scores SCORE2 ou SCORE2-OP ;
- un risque de 5 à 10 % associé à des facteurs aggravants, comme des complications de grossesse (prééclampsie, hypertension gestationnelle) ou des antécédents familiaux de maladie cardiovasculaire précoce.
Ce dernier point concerne directement beaucoup de femmes : une prééclampsie, même ancienne, est un signal à rappeler à son médecin. Pour comprendre comment ce risque global se calcule, lisez notre article sur la prévention cardiovasculaire intégrée.
Objectif de tension sous traitement : 120 à 129 mmHg
Chez les adultes qui prennent un traitement contre l'hypertension, l'ESC recommande désormais de viser une systolique entre 120 et 129 mmHg, à condition que ce soit bien toléré. La diastolique visée se situe idéalement entre 70 et 79 mmHg. C'est plus ambitieux que l'ancienne cible française, qui retenait moins de 140/90 mmHg en consultation.
Cette cible s'adapte à la personne. Une approche plus souple, avec l'objectif « aussi bas que raisonnablement possible », est prévue :
- après 85 ans ;
- en cas de fragilité ou d'espérance de vie limitée ;
- en cas d'hypotension orthostatique symptomatique (vertiges en se levant) ;
- quand le traitement est mal toléré.
Le choix de l'objectif et du traitement revient au médecin. Si vous ressentez des vertiges, une grande fatigue ou des malaises après une modification de traitement, signalez-le plutôt que d'arrêter seul.
Mesurer sa tension chez soi : l'automesure
Une mesure isolée au cabinet est peu fiable. Certaines personnes ont une tension plus haute chez le médecin qu'à la maison (l'effet « blouse blanche »), d'autres ont l'inverse : une tension normale au cabinet mais élevée au quotidien (hypertension « masquée »). Les recommandations ESC 2024 et la HAS conseillent donc de confirmer le diagnostic par des mesures en dehors du cabinet.
La règle des 3 pour l'automesure de la tension
La méthode recommandée en France est simple :
- 3 mesures le matin, avant le petit-déjeuner et la prise des médicaments ;
- 3 mesures le soir, avant le coucher ;
- pendant 3 jours de suite, à 1 ou 2 minutes d'intervalle entre deux mesures.
On fait ensuite la moyenne des 18 valeurs.
Comment bien prendre sa tension à domicile
- Utilisez un appareil validé, de préférence avec un brassard au bras plutôt qu'au poignet, de taille adaptée à votre tour de bras.
- Mesurez assis, dos appuyé, après 5 minutes de repos, le bras posé sur une table à hauteur du cœur, les pieds à plat, sans parler.
- Évitez le café, le tabac et l'effort dans les 30 minutes qui précèdent.
- Notez toutes les valeurs, même celles qui vous paraissent « mauvaises ».
En automesure, l'hypertension est retenue à partir d'une moyenne de 135/85 mmHg, un seuil plus bas qu'au cabinet. Une moyenne inférieure à 135/85 mmHg à la maison avec des chiffres élevés chez le médecin évoque un effet blouse blanche, qui demande tout de même une surveillance annuelle.
La MAPA : la tension sur 24 heures
La mesure ambulatoire de la pression artérielle (MAPA), ou holter tensionnel, enregistre automatiquement la tension toutes les 15 à 30 minutes pendant 24 heures, y compris la nuit. Elle est utile quand l'automesure est difficile, quand les résultats sont discordants, ou pour vérifier que la tension baisse bien pendant le sommeil. Les seuils d'hypertension en MAPA sont :
| Période | Seuil d'hypertension | |---|---| | Moyenne sur 24 heures | 130/80 mmHg ou plus | | Moyenne de jour | 135/85 mmHg ou plus | | Moyenne de nuit | 120/70 mmHg ou plus |
Une tension qui ne baisse pas la nuit peut orienter vers un trouble du sommeil, notamment un syndrome d'apnées du sommeil. Notre article sur le sommeil et l'inflammation détaille ce lien.
Les leviers qui font baisser la tension
Les mesures d'hygiène de vie ne sont pas un « petit plus » : chacune peut faire baisser la systolique de plusieurs mmHg, et leurs effets s'additionnent. Les recommandations ESC 2024 retiennent notamment :
- Le sel : viser moins de 5 g de sel par jour (2 g de sodium). En France, la consommation moyenne dépasse nettement ce repère. Le sel vient surtout du pain, de la charcuterie, du fromage, des plats préparés et des soupes industrielles, bien plus que de la salière.
- Le potassium : augmenter les fruits, légumes, légumineuses et oléagineux, sauf maladie rénale avancée où un avis médical est nécessaire.
- Le poids : viser un tour de taille inférieur à 80 cm chez la femme et 94 cm chez l'homme. Perdre quelques kilos suffit souvent à faire baisser la tension.
- L'activité physique : au moins 150 minutes par semaine d'activité modérée (marche rapide, vélo), ou 75 minutes d'activité intense, avec du renforcement musculaire 2 à 3 fois par semaine. Voir ce que 150 minutes d'activité changent dans le bilan.
- L'alcool : le réduire, idéalement l'éviter. L'alcool fait monter la tension de façon dose-dépendante. Notre article sur l'alcool, le tabac et le bilan sanguin donne les repères.
- Le tabac : son arrêt ne fait pas forcément baisser la tension, mais réduit fortement le risque cardiovasculaire global.
- Les sucres libres et les boissons sucrées : à limiter.
Certains médicaments et produits font aussi monter la tension : anti-inflammatoires (AINS), décongestionnants nasaux, certains contraceptifs œstroprogestatifs, la réglisse en grande quantité. Parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.
Hypertension : ce que le bilan sanguin apporte
La tension ne se mesure pas dans le sang, mais le bilan sanguin aide à évaluer son retentissement et le risque global. Lors d'une hypertension découverte, la HAS recommande notamment un dosage de la créatinine avec estimation du débit de filtration glomérulaire (DFG), une recherche de protéines ou d'albumine dans les urines, une glycémie à jeun, un bilan lipidique, la kaliémie et la natrémie, ainsi qu'un électrocardiogramme. La kaliémie (potassium) et la créatinine sont aussi surveillées sous traitement. Pour la fonction rénale, lisez notre guide sur la créatinine et le DFG.
Questions fréquentes
Ma tension est à 13/8, dois-je m'inquiéter ?
Non, mais elle mérite attention. 130/80 mmHg se situe dans la catégorie « tension élevée » des recommandations 2024. C'est le moment d'agir sur le sel, l'activité et le poids, et de vérifier vos chiffres en automesure. Un traitement ne se discute que si votre risque cardiovasculaire global est élevé.
Quelle est la tension normale selon l'âge ?
Les catégories de l'ESC 2024 sont les mêmes pour tous les adultes, quel que soit l'âge. Ce qui s'adapte, c'est la cible sous traitement, plus souple après 85 ans, en cas de fragilité ou de mauvaise tolérance. Le médecin la fixe au cas par cas.
Faut-il contrôler sa tension régulièrement ?
Oui. L'ESC conseille une mesure au moins tous les 3 ans avant 40 ans, et chaque année à partir de 40 ans ou en cas de tension élevée. Un tensiomètre validé à domicile facilite ce suivi.
Le stress fait-il monter la tension ?
Ponctuellement, oui : un stress, une douleur ou une course pour arriver à l'heure peuvent faire grimper les chiffres. C'est pour cela qu'une seule mesure ne suffit pas et que la moyenne de l'automesure fait foi.
Une tension basse est-elle un problème ?
Une tension basse sans symptôme n'est pas une maladie. Des vertiges en se levant, des malaises ou des chutes, en revanche, doivent être signalés, surtout sous traitement.
*Cet article a vocation strictement informative et ne se substitue pas à un avis médical. Ne modifiez jamais un traitement contre l'hypertension sans en parler à votre médecin.*
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Sources et méthodologie
- McEvoy JW, McCarthy CP, Bruno RM, et al. 2024 ESC Guidelines for the management of elevated blood pressure and hypertension. European Heart Journal 2024;45(38):3912-4018. DOI 10.1093/eurheartj/ehae178.
- Haute Autorité de santé, Société française d'hypertension artérielle. Prise en charge de l'hypertension artérielle de l'adulte. Fiche mémo, septembre 2016.
- Société française d'hypertension artérielle. Mesures de la pression artérielle pour le diagnostic et le suivi du patient hypertendu. Recommandations, 2011.
- Organisation mondiale de la santé. Global report on hypertension 2025: high stakes, turning evidence into action. Genève, septembre 2025.
- Perrine AL, et al. L'hypertension artérielle en France : prévalence, traitement et contrôle en 2015 et évolutions depuis 2006. Bulletin épidémiologique hebdomadaire 2018;(10):170-180.
*Méthodologie BioSense : nos contenus s'appuient sur les recommandations officielles françaises (HAS, ANSM, Santé publique France, Anses), européennes (ESC, EAS) et internationales (OMS), ainsi que sur les publications scientifiques de référence. Ils sont relus selon une démarche pédagogique avant publication.*